Incapable de répondre aux problèmes d’aujourd’hui, l’OMC les aggravent
Aussi discrète que malfaisante, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC*), s'invite dans l'actualité avec sa 12° conférence interministérielle, du 12 au 15 juin, à Genève. Si la totalité des Etats membres sont invités, critiques et désaccords s'expriment, alors que les grandes puissances (Chine, Russie, Union européenne…) font profil bas sur leurs attentes. Il faut dire que l'opacité est de rigueur dans cette enceinte.
Contrairement à ce qui se dit, il n'est pas question de réguler le commerce en respect des droits fondamentaux, mais au contraire de construire un carcan de règles dans le seul but de faciliter des échanges aussi lucratifs que possible. Pas question, par exemple d'accéder aux médicaments, aux vaccins, aux semences paysannes… sans ristourne sur les brevets.
Considérant que le commerce est source de croissance et de développement et que, par « ruissellement », le profit de quelques uns arrivera forcément, tôt ou tard, aux plus pauvres, le plan d'action est immuable : abaisser, voire abolir les droits de douane, les normes sociales, sanitaires et environnementales, démolir toute velléité d'autonomie politique.
L'agriculture n'échappe pas à cette logique implacable, alors que l'agronomie, le climat, l'environnement, les habitudes culturelles et alimentaires ne sont pas quantifiables. Le credo du produire toujours plus, toujours moins cher, est du « sur mesure » pour les transnationales championnes de l'optimisation des coûts. La concentration des marchés entre une poignée d'acteurs incontournables, la spécialisation des productions par région, ne pouvaient que suivre, condamnant les systèmes vivriers et locaux, mathématiquement moins « compétitifs ».
Le dogme du libre-échange qui interdit toute distorsion de concurrence condamne, de facto, les politiques de soutien publics à l'agriculture. Il a fallu une année de mobilisation et de manifestation aux paysans indiens, en 2021, pour obtenir gain de cause. Pourtant, les surplus de l'Union européenne et des Etats-Unis, largement subventionnés, et du coup abordables, inondent les marchés des pays en développement.
Également interdits par l'OMC*, les stocks publics, garants de stabilité des prix et de sécurité alimentaire. Tant pis si les spéculations financières (émeutes de la faim en 2008), les aléas climatiques, les guerres raréfient la production. Pendant ce temps, les géants privés de l'agrobusiness n'ont de compte à rendre à personne.
La guerre en Ukraine, avec les menaces sur les approvisionnements de céréales et d'énergie, illustre la fragilité criminelle de ce système. Dès les accords de Marrakech en 1994 (création de l'OMC*), puis dans les manifestations aux conférences interministérielles, de Seattle (1999) à Doha (2003), sans oublier le suicide sacrificiel du paysan coréen Lee à Cancun (2002), les organisations paysannes membres de La Via Campesina ont dénoncé l'absurdité d'une institution faite par et pour les plus forts.
Incapable de répondre aux problèmes d'aujourd'hui, l'OMC* les aggravent. Elle attise le réchauffement climatique en multipliant les échanges, elle facilite la financiarisation désormais dérégulée, elle condamne toujours plus de personnes à la faim alors que la production est suffisante. Le libre échange n'est pas la solution, mais le problème.
La Via Campesina n'a jamais cru à une possible réforme de l'OMC*, parce que celle-ci généralise la dépendance au marché global et instaure une nouvelle forme de colonialisme.
Présente dans 81 pays, La Via Campesina travaille à la coopération multilatérale, pour des processus transparents, inclusifs et démocratiques, à l'écoute des mouvements sociaux. En cohérence avec son objectif de souveraineté alimentaire.
Claude Girod, paysanne en Saône-et-Loire
Commission « international » de la Confédération paysanne



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