AGROCARBURANTS : NOS POSITIONS

La plus grosse escroquerie de ce début de siècle !

Bien qu'existant depuis plus d'un siècle, notamment à travers la fabrication d'éthanol ou d'huile végétale pour les moteurs, la production d'agrocarburants a été fortement encouragée cette dernière décennie. Dans l'espoir de réduire notre dépendance énergétique et de limiter les émissions de gaz à effet de serre, cette production a été développée en Europe. Des objectifs contraignants d'incorporation ont été décidés au niveau français (plan « biocarburants » de 2003) puis européen, avec, en 2008, l'adoption par le Parlement européen de la directive énergies renouvelables qui fixe un objectif de 10 % d'incorporation d'agrocarburants (en valeur énergétique). Il s'agit d'une incorporation d'éthanol dans l'essence, et d'ester méthylique d'acide gras dans le gazole (lire aussi en page 121).
La Confédération paysanne s'oppose à cette filière pour plusieurs raisons:

● La production d'agrocarburants est justifiée par la limitation des émissions de gaz à effet de serre. C'est faux ! Elle entraîne un changement d'affectation des sols désastreux. Si les terres agricoles sont accaparées par la production des carburants, il faut en trouver d'autres pour la production alimentaire... Conséquences directes: la déforestation et le saccage d'espaces naturels des pays du Sud. La destruction de ces zones, reconnues comme puits de carbone, entraîne d'importantes émissions de CO2 (la production de colza pour les agrocarburants en Europe, par exemple, provoque une forte déforestation en Amérique latine pour la production d'huile de palme).
● La crise alimentaire de 2008 a démontré que les agrocarburants provoquent une pression très forte sur le prix des denrées alimentaires car ils deviennent un objet de spéculation. On se souvient des émeutes de la faim au Mexique, pays largement dépendant d'importations de maïs en provenance des Etats-Unis.
● Les multinationales ayant vite évalué les bénéfices qu'elles pouvaient tirer à court terme de cette production provoque une dynamique d'accaparement des terres sans précédent, souvent avec le soutien des gouvernements et des instances politiques internationales(1). Ainsi, des milliers d'hectares de terres fertiles sont détournés de leur vocation nourricière, remettant en cause le droit à la souveraineté alimentaire des populations locales. En outre, l'expulsion des paysans de ces terres, dans des conditions parfois violentes, est une négation de la dignité des personnes et de leurs droits.
● Enfin, la filière française d'agrocarburants n'est pas économiquement viable. Seules les aides de l'Etat et la taxe (dite Beulin) payée par les pétroliers assurent aux cultures destinées aux agrocarburants une certaine rentabilité. Or l'Etat a pour objectif à court terme l'arrêt total du financement. Ce sont les consommateurs qui en définitive paient l'addition : parce que, pour préserver leurs marges, les pétroliers augmentent les prix et parce que la présence d'agrocarburants se traduit par une hausse des volumes consommés puisqu'ils ont une valeur énergétique moindre. La Cour des comptes évalue à 3 milliards le surcoût payé par les consommateurs. Enfin, il faut savoir que chaque baril de pétrole économisé par l'éthanol de blé coûte 400euros à notre balance commerciale. De plus, l'incorporation d'ester méthylique d'acide gras (Emag*) dans le gazole va représenter en 2012 une perte nette de 1,5 milliard d'euros pour le commerce extérieur de la France. Le maintien de cette filière n'a aucun sens économique sinon de permettre à des sociétés comme Sofiprotéol (dirigée par Xavier Beulin) de s'enrichir au détriment de l'intérêt général par un racket systématique sur les carburants. Les pouvoirs publics doivent sans tarder mettre fin à cette situation.

(1) Par exemple, l'accord de partenariat Union européenne-Brésil-Mozambique signé en juillet 2010 permet aux entreprises brésiliennes et européennes (dont Tereos) de s'implanter au Mozambique pour produire des agrocarburants exportés en Europe.

Nos objectifs

  • La Confédération paysanne continue son combat pour convaincre les agriculteurs dont la production alimente les usines à agrocarburants que les filières industrielles de production d'agrocarburants ne servent pas l'intérêt général. La Confédération paysanne, par le biais de sa structure internationale Via Campesina, vise la défense des paysans du monde victimes des accaparements de terres par les entreprises à huile. La non-consommation d'agrocarburants peut limiter les pressions dont ils sont l'objet.
    La Confédération paysanne défend a contrario l'autoconsommation d'huile végétale pure (HPV) comme carburant. Produite localement via des procédés économes, cette méthode présente un bilan énergétique meilleur que la filière industrielle et s'inscrit dans une démarche d'autonomie du paysan qui s'oppose au désastre social et environnemental des multinationales.
     

    Nos revendications

  • Le plan « biocarburants » ne doit pas être prolongé au-delà du terme prévu à son origine.
  • Gel des objectifs d'incorporation à leur niveau actuel.
  • La question des agrocarburants doit être totalement revue.

 

Filières métropolitaines d'agrocarburants existantes

  • L'éthanol, qui s'incorpore à l'essence, soit en mélange direct, soit sous forme d'un dérivé, l'ETBE (éther éthyle tertiobutyle ), constitué à 47% d'éthanol. En France, l'éthanol est produit à partir de betterave à sucre, de blé ou de maïs. L'efficacité énergétique avec laquelle il est produit est voisine de 1, ce qui fait que chaque baril de pétrole « économisé » grâce à l'éthanol coûte aujourd'hui plus de 400 € à notre balance commerciale. Les filières métropolitaines de production d'éthanol ne subsisteront qu'à la triple condition que les producteurs agricoles se satisfassent de prix plus bas que sur le marché alimentaire, que les automobilistes continuent d'accepter de payer l'éthanol aussi cher que l'essence pour une densité énergétique pourtant plus faible d'un tiers, et que l'Etat continue de subventionner la filière à un niveau élevé.Cette subvention représente les 2/3 du prix de la betterave éthanol payé aux planteurs, la moitié du prix du blé ou du maïs payé aux coopératives qui se sont imprudemment engagées à approvisionner les usines.
  • Les Esters méthyliques d'acides gras, principalement d'huiles végétales (EMHV* de colza et de tournesol, avec un quasi monopole de SOFIPROTEOL sur ce secteur), qui s'incorporent au diesel .Depuis 2010 des graisses animales et d'huiles alimentaires usagées, comptant double pour le calcul du degré d'atteinte de l'objectif d'incorporation sont aussi utilisées. Les EMHV* peuvent se prévaloir d'une efficacité énergétique légèrement supérieure à 2. Ce qui permet de mieux rémunérer les agriculteurs et de moins dépendre de la défiscalisation (8ct d'€ par litre soit 18% ou 8%). Mais cela coûte aux automobilistes et aux paysans, depuis l'utilisation du GNR*, 40 % plus cher à kilométrage identique que du gasoil.

 

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